Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

05/11/2010

Pearl Jam 1995 : Self Pollution Radio

1994/95 : Une période déjà charnière pour Pearl Jam, qui sort Vitalogy, son troisième album, aux accents punk marqués et certainement le plus difficile d'accès à cette date. Et qui s'engagera dans une bataille rangée avec Ticketmaster, et les verra organiser par leur propre moyen une tournée Us qui s'avèrera éprouvante, et dont une partie des fans ne comprendra pas l'enjeu... Raillés depuis 1991 pour avoir soi disant profité des projecteurs braqués sur Seattle, ils s'avèreront paradoxalement bien plus proche de l'esprit punk qu'un Nirvana ou un Mudhoney... Et c'est pas leur initiative de faire de la radio pour un soir qui contredira ça...

Nils Bernstein, le publicitaire de Sub Pop : Dans un sens, Pearl Jam a été le groupe le plus punk de tous. Quand Nirvana changeait « Rape Me » en « Waif Me » pour pouvoir vendre In Utero dans les Kmart, Pearl Jam bataillait contre Tickermaster, ou refusait de faire des vidéos parce qu'il n'approuvait pas la politique de Mtv...

Doug Pray, réalisateur du documentaire Hype! : Self Pollution Radio était le résultat d'une réflexion du label de PJ : « Ok, vous ne voulez pas faire de vidéos, vous ne voulez pas faire d'interviews... Qu'est ce que vous voulez? Est ce qu'au moins vous voulez faire quelque chose? ». Ils avaient un énorme budget à dépenser... Donc la réponse du groupe fut : « Ok, on veut s'installer chez nous et inviter un tas de potes à jouer, et on veut diffuser ça dans le monde entier ».

Fin 1994 est donc annoncé que Pearl Jam diffusera par satellite une émission radio ouverte à toutes les radio stations qui en voudraient. Pas de pubs, pas de glorieux dj's, juste de la radio libre... A l'approche de la date, presque toutes les grosses radios Us et canadiennes avaient répondu favorablement pour ouvrir leur antenne le jour J.

Doug Pray : Donc ils avaient ce satellite, qu'ils ont installé à l'extérieur de leur salle de répet miteuse, et qui diffusait dans le monde entier!!! Juste eux jouant de la musique et de temps en temps se demandant si tout ça fonctionnait vraiment. C'était un peu mauvais dans un sens, mais en fait c'était vraiment bon. Tous ces groupes locaux pour qui ils faisaient de la pub... Si ça c'est pas un exemple radical de Do It Yourself à l'échelle globale, j'ai pas idée de ce que c'est!!!

Les Pearl Jam passèrent 4 heures à programmer leurs morceaux favoris, jouant live avec leurs potes de la scène locale, parlant de sujets sérieux mais déconnant aussi, lisant des histoires et des articles, appelant au téléphone leurs amis musiciens (Matt Lukin, Neil Young entre autres), et donnant leurs numéros pour que les fans les appellent... Pelle mêle : performance live de Pearl Jam bien sûr, des Fastbacks, Mudhoney et Soundgarden. De Mad Season aussi. Conversation à propos de l'organisation Home Alive avec des membres de Seven Year Bitch. Discussion avec Krist Novoselic. Annonce de l'arrivée de Jack Irons au sein du groupe. Tueries indies et une intervention poilante de Mike Watt, ex Minute Men...

Kurt Bloch des Fastbacks : On a eu un appel de PJ pour jouer ce show radio qu'ils faisaient. On y est allé, et en arrivant, c'était Eddie qui jouait des disques. On s'installe, et il y avait ce satellite, et il avait un petit mobile home avec un truc de Dj dedans. On devait jouer, et c'était un peu comme « Oh yeah, joue donc avec ma guitare ». C'était l'incroyable Les Paul de 1950 de Stone. On a jammé, discuté, on était détendus, on a pris quelques bières, et puis on a fait notre session...

C'est léger, tout le monde sur place prend son pied, ça sonne local, ça vient du cœur, c'est on ne peut plus authentique. L'émission est un succès auprès des fans. Joli pied de nez à l'industrie musicale, et le rappel, si certains n'avaient pas encore compris, que Pearl Jam n'a plus rien à prouver à qui que ce soit, et surtout que Pearl Jam emmerde les critiques... Comment un groupe aussi énorme que PJ, à l'époque, a pu se permettre ça? Peut être justement parce qu'ils étaient plus énormes que tous dans le milieu... Qui depuis 1995 a osé faire de même? Le groupe réitérera l'expérience en 1998 à l'occasion de la sortie de Yield avec une nouvelle émission intitulée Monkeywrench Radio...

Eddie Vedder : Un truc que j'aurais aimé qu'on fasse plus souvent... Un truc comme Monkeywrench Radio. Prendre du bon temps pour la nuit, et avoir les Fastbacks ou Mudhoney à jouer live. Et montrer aux gens ce qu'est vraiment la musique de Seattle...

Quelques morceaux pour se donner une idée :

Mudhoney - Judgment, Rate Retribution and Thyme

Soundgarden - Kyle Petty, Sons Of Richard

Fastbacks - Run No More

Le répondeur de Matt Lukin

(Attention : n'ayant malheureusement aucun autre moyen (Deezer ou autre) de faire découvrir la musique liée à l'évènement dont nous parlons, ces morceaux et autres bavardages sont exceptionnellement mis à disposition des visiteurs)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire